zaterdag 19 maart 2011

Twee vertalingen van mijn verzen door Bernard de Coen

PETIT BISOU, PETIT BUS


Petit bisou, petit bus –

toi, roi d’un show de fin de soirée

que j’ai rarement manqué,

présentateur au ton consolateur

d’un script à succès plein de rock ’n roll

un doux vrombissement, une fête de vent nocturne

et d’arbres avançant avec un journal voletant

et le vide jacassant. Pour sécher à présent de tardives larmes.

Ô comme j’affectionnais mes songes qui balançaient

volant au-dessus d’Elsschot et de Van Rijswijck.

Des maisons qui s’agitaient, aveugles et sourdes, elles me connaissaient

et chantaient yeah yeah yeah, comme de silencieux chevaux

qui ressemblent à des adolescents lorsqu’ils vont se coucher.

Ô comme ils regardaient hagards le numéro vingt-six,

le moulin, la place de l’Eden et le boulevard de Jan de Vos

où survivaient encore des années où tu naquis.


Vingt-six petits bisous, petit bus, ce demi-siècle est à présent révolu,

et je prends congé de toi, dénué comme je suis,

seul avec un port qui se tait, qui prend la poudre d’escampette

par des quartiers que je ne connais pas encore. Je me ferme dans tes bras,

souvenir de pluie battante, téléphones qui geignent,

chemins glissants aux brillantes revues jetables

faisant les cent pas en pataugeant dans le désespoir de ma tête

où il faisait parfois un temps d’hiver, tandis que tu continuais à estiver…


jusqu’à ce qu’enfin tu arrivais. Magistralement. Comme une femme.

Au bout de crescendos d’interminables reports.


Derniers petit bisou, petit bus, c’est fini, notre aventure

de flânerie conjointe par le port.

Nos tournoiements par les rues que nous citions

comme d’ivres amis leurs amourettes.

Nos flirts frivoles avec franchementrien et toujours de quoi

griser Anvers de néon

tandis que nous étions ensemble en route

vers la halte près de mon lit, là où je sonnais

près de tes pneus crissant malicieusement.



R.I.P. GRAND WAPPER


Rouler, rouler, rouler, la journée, la nuit,

la journée, rouler, rouler, rouler, et le courage

s’est tant fatigué, et le cafard accru…


Des autos, des autos, des camions – et des camouflets de derrière les fagots

d’un fieffé brigand de stratèges, toi tourmenteur

qui après minuit compose mon numéro erroné,

Petit Wapper devant le Steen qui rechigne à cause de mon obstiné

NON

et grandis dans ces paroles où je chéris mon port,

là-haut dans les nuages où je plane derrière le temps,

assoupi en des années aux rares voitures et dimanches de silence,


lorsqu’un petit moyen-âge frappait doucement à la porte

de musées fermés où Rubens et Jordaens

dormaient parmi d’éclatantes couleurs.

OUI

J’accorde aux porte-drapeaux de la langue une chance,

les clairons claquants et timides virginales,

lorgnant vers le faste féérique de Rhétoriqueurs,

silencieux témoins – d’une lascivité bourguignonne et savoureux –

d’un rare dimanche sans ignobles autos

et camions meurtriers. Anvers, aussi loin que portait le regard !

OUI, JE VEUX

Ecrire, écrire, écrire, je presse le soleil

jusqu’au sang d’un inextinguible désir

et répands mes illusions entre ponts et écluses.


Je chasse mon inquiétude par des tronçons de route de frêle émotion

avec des paroles qui jugulent mon souffle comme des cordes,

particules fines voulant m’étouffer du sentiment de culpabilité

que je taisais lorsque je devais parler, parler, parler

des trous grandissants dans la colère

que mon tourmenteur voulait sournoisement percer.

NON

Je ne veux point de faucheuse d’orgueil, opiniâtre

comme une trace d’huile qui bande de capitalisme tardif,

je veux la beauté dont je n’aurai jamais assez,

pour m’ébattre en silence avec elle dans la cabine de mon passé.